L’industrie du cinéma est souvent dénoncée pour son sexisme, régnant en maître à Hollywood : l’écart de salaires, l’attribution des rôles, la nudité (une actrice a 26 % de chances d’apparaître dénudée à l’écran, contre 5% pour un homme), la disproportion des présences hommes/femmes à l’écran (28% des personnages parlant à l’écran étaient des femmes en 2013, ou les résultats effarants du test de Bechdel : sur 4 000 films étudiés,  40 % se voyaient recalés à l’examen en 2014) ainsi que dans la production (sur les 250 plus gros succès au box office de l’année 2014, seuls 7% des films étaient réalisés par des femmes) et j’en passe. De plus en plus d’actrices dénoncent le sexisme dont elles sont victimes, faisant polémique à chaque grande assemblée cinématographique. Patricia Arquette, Gwyneth Paltrow, Jennifer Laurence, Natalie Portman, Meryl Streep, Emma Watson et de nombreuses autres actrices brisent le silence sur les inégalités sexistes du cinéma.

Ici, c’est Marcia Belsky, une comédienne américaine, qui lève la voix en enfonçant encore un peu plus le clou en levant le voile sur le sexisme apparaissant dès la promotion des films (et séries). A travers son Tumblr « The Headless Women of Hollywood », elle recense un nombre important d’affiches de films dans lesquelles le visage des femmes n’apparaît pas, seulement leur corps (à la plastique irréprochable, bien évidemment) et ce qu’importe l’importance de leur rôle (si elles ont un rôle, ce qui n’est pas toujours le cas).

L’industrie du cinéma creuse toujours plus profondément le sillon du sexisme avec un nombre non-négligeable d’affiches de films (notamment Hollywoodiens) mettant en avant des femmes sans leur tête, tout genre filmique confondu.

Cette campagne promotionnelle passait plus ou moins inaperçue avant qu’elle ne la mette en avant. Ce type de plan de communication est utilisé depuis très longtemps par les publicitaires. Cette pratique de la fragmentation, fétichisant et déshumanisant la femme, est devenu standardisé et nous en sommes inondé chaque jour tout autour de nous, sans ne plus y prêter attention. Cela est rentré dans les habitudes sans plus nous choquer, bien au contraire.

«Ces images avec lesquelles, on nous bombarde tous les jours ne cessent de nous dire que les pensées et sentiments des femmes n’existent pas ou ne sont d’aucun intérêt.” Ces affiches donnent l’impression que les femmes n’existent que pour le plaisir des hommes, qu’elles ne sont que des objets visant à être regardés.»

Cet art de la fragmentation mythifie les actrices, mais derrière cette sublimation se cache un profonde et bien trop habituelle objectivisation de la femme. Les actrices sont réduites à un corps sensuel et érotique, car la femme fait vendre, ou plutôt son corps fait vendre, et cela depuis fort longtemps.

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De longues jambes effilées, des lèvres charnues, des fesses bombées dans des bas très moulants (ou non existants), des décolletés plongeants en gros plans : les affiches découpent souvent le corps des actrices pour en isoler leurs attributs sexuels sans montrer leur visage. Marcia dénonce dans son Tumblr que « La fragmentation de corps des femmes, avec un focus qui se concentre sur les seins, les fesses et les lèvres, sépare les parties hypersexuées du corps féminin de son intégrité ».

Outre la problématisation de la mythification d’un fantasque idéal physique inaccessible, ces fragments ne font pas que déshumaniser la femme, ils l’objectivisent en la livrant n morceaux au regard masculin, souvent présentés à l’intérieur même de ces affiches par des hommes, qui quant à eux ont bel et bien un visage.

«En décapitant la femme, elle devient un objet incontestablement passif soumis au regard fixe masculin. La question de son consentement est effacée complètement avec sa tête et son intérêt se résume à celui d’être regardé par des hommes, docilement. Sa valeur est uniquement son attrait sexuel et non son statut de personne. Sa valeur est principalement dans son sex-appeal auprès des hommes et pas du tout dans sa personnalité» annonce la comédienne.

Cet impressionnant catalogue d’affiches postées régulièrement cherche à nous ouvrir les yeux sur le sexisme envers les femmes présent tout autour de nous. Certes, vous vous dites que le sexisme est aussi présent envers les hommes, que toutes les affiches ne sont pas comme cela, que je fais une généralité de quelque chose de rare car vous ne l’avez pas remarqué. Certes, tous les films ne font pas ce genre d’affiche, ou bien ils ont des variantes. Cependant ce genre d’affiche existe bel et bien et ce pour les femmes uniquement (ou presque) et le simple fait de leur existence est un problème en soi.

J’espère que maintenant vous y prêterez attention et que vous verrez que cela est présent, sans que vous ne l’ayez remarqué avant, dans la publicité en général. J’espère que vous réfléchirez au véritable sens et à l’impact de ces images qui nous entourent quotidiennement et que vous serez (un peu moins) un mouton de panurge de notre société de consommation.

Je vous invite à aller jeter un coup d’œil à cette perle de Tumblr et de juger par vous-même: http://headlesswomenofhollywood.com/

Allez aussi checker son About afin d’en savoir plus sur THE HEADLESS WOMEN PROJECT (dont les citations ci-dessus proviennent).

Votre bien-aimée Sissi 

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PS : « DAMNIT, HOLLYWOOD!!! WE WANT HEADS!!!!!!!!!!!!!!!!! »

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4 réflexions sur “La décapitation des femmes, un phénomène communicationnel (sexiste) très prisé du cinéma

  1. Bonjour Sissi La Médiatrice, tout d’abord je tiens à te dire que je viens de parcourir plusieurs de tes blogs et que je suis agréablement surpris de voir que tu as une pensée critique et que tu soutiens tes arguments avec des faits et pas rien-qu’un peu ! Toutefois, je trouve que tu négliges le revers de la médaille dans cet article en ne mentionnant que l’hyper-sexualité et la mythification des femmes au cinéma. Riddick, Jason Bourne, James Bond (pensons à la scène où Daniel Craig sort de l’eau en maillot), les super-héros en général, Terminator et 300, pour n’en nommer que quelques-uns, sont tous des exemples où l’homme est également traité comme un « objet » glorifié entre autres pour son apparence physique. Il est vrai que le cinéma met de l’avant un culte du physique chez la femme, mais il représente également un idéal inatteignable sous plusieurs autres aspects. En ce qui concerne les salaires et les autres points que tu as amené, je suis majoritairement d’accord avec toi !

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  2. C’est quand même fou que, même dans des films où le personnage principale est un femme d’action qui fait avancer l’histoire et qui offre au spectateur bien plus que simplement son corps soit encore représenté comme un objet. J’avais bien sur remarquer la sexualisation des personnages féminins sur les affiches, mais je ne pense pas m’être rendu compte de la quantité industrielle de se genre de publicité. De plus, je suis aller voir le blog que tu as recommandé et j’ai vue les posters où se trouvait des hommes sans tête et je n’ai pu m’empêcher de remarquer que, au contraire des femmes, les hommes ne sont aucunement sexualisé, seulement mis dans un contexte humoristique, visant à faire rire et non à séduire. Je garde espoir qu’il y aura de moins en moins de se type de pancartes au cinéma (et partout ailleurs, aussi) avec l’ajout et l’acceptation de plus en plus progressive des femmes dans ce milieu. Bref, bon article pertinent et intéressant qui m’a ouvert un peu plus les yeux sur le sexisme dans notre société occidental.

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