Le spectacle, notre bien-aîmée manipulation industielle

Nous vivons dans une société du spectacle, une démocratie illusoire, biaisée, basée sur une société de l’image, un mensonge spectaculaire au service de la marchandise.  C’est un monde de propagande dans lequel nous vivons, gouverné par ceux ayant le pouvoir.

Cette société est basée sur la production de rêve de par l’image, un archaïsme dissimulé par le spectacle médiatique. Nous sommes manipulés, hypnotisés et immergés dans cette illusion qui nous est offerte par l’image. Ce spectacle n’est pas seulement l’omniprésence des médias, de la communication et du divertissement, c’est un rapport social entre les personnes médiatisé par des images, des apparences. Nous vivons pour une consommation d’un bonheur individuel et factice dans un monde de représentation, d’illusions.

« Le spectacle s’est mélangé à toute la réalité, en l’irradiant » –  Guy Debord 

Ce spectacle livré par l’image au service de l’économie et l’idéologie, nous entoure et nous sépare du monde, de la réalité, de nos propres vies et de nos conditions. Nous sommes des non-vivants d’une société marchande dont notre seul but de paraître et non plus d’être. Socialement, nous paraissons être mais nous ne sommes plus, nous sommes une représentation d’un soi biaisé. Nous sommes immergés dans une fausse réalité, une illusion sociale.

Nous ne vivons plus que pour le rêve donné par le spectacle car nous avons été programmés pour ça et cela rentre dans notre quotidien.  La Boétie disait d’ailleurs que « toutes choses deviennent naturelles à l’homme lorsqu’il s’y habitue. La première raison de la servitude volontaire, c’est l’habitude. » Nous sommes assujetti, dominés par ceux gouvernant ce spectacle qui nous contrôle par l’image.

Ce spectacle est aussi délivré par le culte de la vedette.

« Les gens admirables en qui le système se personnifie sont bien connus pour n’être pas ce qu’ils sont ; ils sont devenus grands hommes en descendant au-dessous de la réalité de la moindre vie individuelle, et chacun le sait ». – Guy Debord

Ce culte de la vedette est très bien problématisé dans le film Privilège de Peter Watkins, sorti en 1967. Accentuant fortement ce pouvoir qu’a le spectacle, ce film traite avec justesse de la manipulation sociologique et de la récupération marketing du spectacle pour des intérêts économiques, politiques, idéologiques ou personnels. C’est une forte satire de notre société remettant levant le voile sur l’illusion de notre monde.

Synopsis : Dans un futur proche, où les partis politiques ont désormais fusionné, Steven Shorter (Paul Jones) est l’ultime star pop britannique. Les foules l’adorent. Durant ses concerts, les femmes se pâment devant le beau jeune homme blond. Dans son spectacle, Steven apparait enfermé dans une prison dressée sur la scène, entourée de policiers qui le harcèlent et finissent par le ruer de coups. Construit autour des thèmes de la violence et la révolte, son spectacle semble répondre à l’état d’esprit des jeunes. Ou est-il une simple catharsis?  Entouré d’une « famille » qui l’exploite comme du bétail, le jeune homme donne sa caution à tout ce qu’on lui demande d’endosser : de la nourriture pour chien à son effigie ou une série de publicités sur les pommes (une campagne d’intérêt national afin de favoriser leur consommation et ainsi écouler un surplus de la production nationale menacée de pourrir sur place). Jusqu’au jour où le gouvernement et l’église s’apprêtent à lancer une croisade pour unifier la nation, et décident qu’après deux ans et demi de rébellion, Steven Shorter doit se repentir et chanter sa croyance en Dieu.

Watkins lève le voile sur la raison d’être du divertissement, qui est une véritable industrie. La forme semi-documentaire de ce film accentue encore la satire, nous plongeant directement de l’autre côté du rideau, dans la production elle-même, dirigée ici par un banquier.

Steven est une superstar, un être érigé en semi-dieu, créée par une industrie pour être admirée, adulée pour manipuler les foules. Son rôle ? Diffuser du « bonheur » dans toute l’Angleterre ainsi que dans le monde entier par des shows. Ce « bonheur » a pour but d’éloigner les jeunes de la politique et les pensées révolutionnaires. C’est une pure manipulation politique qui est mise en scène, mais pas seulement. L’économie rentre également en jeu. Le puissant culte formé autour de Steve est utilisé pour que les gens achètent de par les publicités. Mais son culte est devenu une économie à lui-même avec de nombreux objets dérivés, des lieux construis dans tout le pays à son effigie avec de nombreux produits que les gens achètent. Mais le gouvernement et le business ne sont pas les seuls à utiliser Steve, l’Eglise joint aussi cette industrie de l’illusion pour regagner des partisans.

Ce culte de la vedette est ici mis en exergue mais est totalement réel dans notre société. Steve est un objet de communication à lui-même, un spectacle utilisé par le gouvernement, l’Eglise, le business pour guider, manipuler, endormir la population. Comme le dit son agent dans le film : « he doesn’t belong to himself, he belongs to the world ».

Le motto du prêtre durant le grand rassemblement représente à lui-même une critique de cette société, bien proche de la nôtre : « We will conform ! ». Ce rassemblement politique et religieux est mis en scène comme une réunion du Ku Klux Klan et du nazisme, la société est donc représentée comme une tyrannie totalitaire idéologique, politique et économique. « We will conform » est récité comme un psaume de secte par la foule. Ces simples trois mots résument parfaitement notre situation : nous nous conformons à ce que le spectacle nous livre, nous sommes des sujets de ceux au pouvoir mais pire que tout, nous acceptons d’être leur sujet et ce avec le sourire.

Dans ce film, toutes les instances ayant le pouvoir dans notre société moderne sont touchées par la critique de Watkins. Ce film anglais du Swinging London met en scène les problèmes de la société que les jeunes révolutionnaires de cette époque dénoncent. C’est une satire rejoignant les pensées Guy Debord sur certains aspects de la société du spectacle.

Le plus triste dans tout ça, c’est qu’après 50 ans, tout ceci est toujours autant d’actualité, si ce n’est plus…

 

Votre bien-aimée Sissi

 

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