Dans ce billet, je vais parler de Moonlight, ce film primé aux oscars en tant que meilleur film, meilleur scénario adapté et meilleur second rôle, qui a tant fait jazzer, réalisé par Barry Jenkins. Ce dernier est jusqu’alors un réalisateur assez méconnu du milieu, n’ayant réalisé qu’un seul film datant de 2008 : Medicine for Melancholy. C’est donc une entrée fracassante dans le monde du cinéma américain et international. Le scénario de Moonlight provient de la pièce de théâtre In Moonlight Black Boys Look Blue de Tarell McCraney, s’inspirant de la vie de ce dernier.

Moonlight est un film bouleversant sur la recherche et l’acceptation de soi plus globalement sur la construction de soi dans un milieu difficile du Sud Est des Etats-Unis des années 1980. Traitant de l’homophobie, de la peur de l’acceptation sexuelle et de trouble identitaire, c’est le récit de l’évolution d’un homme black et gay sur 20 ans, divisé en 3 parties distinctes : l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte. Sous son air de scénario lambda, ce drame est bien plus que cela.

Ce film est non seulement très bien réalisé avec une image belle, travaillée et lourde de sens. Mais il est aussi excellent au niveau scénaristique, avec des personnages profonds et complexes en évolution constante. Les personnages sont nuancés, pas seulement le personnage principal, mais bien tous les personnages qui l’entourent. Que ce soit des chefs de gangs, des dealers, des enfants, des junkies, des femmes brisées, et bien d’autres, tous sont représentés de manière très humaine, il n’y a pas de bons ou de mauvais, il n’y a que des personnes complexes tentant de survivre et de s’adapter dans leur monde. Le sujet est très bien exploité et profondément traité, tout en restant loin des clichés. C’est un film vrai, un drame urbain puissant, criant de vérité, doté d’une sensibilité rare. Sans froufrou, exagération et mise en scène spectaculaire, il n’est que pure émotion tant au niveau du jeu d’acteurs que dans l’image et le montage, sans parler de cette puissante et lancinante musique orchestrale de Nicholas Britell . La beauté de ce scénario est que l’histoire et l’émotion ne passe pas que par des mots, mais aussi par des silences. Des silences extrêmement bien maitrisés et naturels qui expriment ce que des mots ne pourraient pas. Le fond et la forme ne font qu’un, le propos profond et intelligent étant encore plus mis en valeur par une image maitrisée et symbolique, créant une intimité. C’est un film pesant narrativement comme visuellement, racontant avec froideur et austérité le mal-être d’un jeune garçon devenant homme, mais aussi celui de toute une population rongée par la violence, la drogue et la pauvreté, qui doit se conformer à certaines règles pour survivre dans ce milieu hostile qu’est leur banlieue.

La masculinité est au centre même de ce film. Ce garçon est durant toute sa vie opprimé par les idées de la masculinité régissant son quartier. Cela l’empêche de s’accepter sexuellement et le transforme en un homme qu’il méprise, un sosie du père de substitution qui a brisé sa mère et par conséquent sa vie. C’est un film sur la vie et sur la souffrance qu’elle engendre, sur la lutte contre soi-même, le mal-être de la différence et de la non-acceptation de soi. Il retranscrit l’évolution d’un homme face à des obstacles dont il peine à surmonter, des événements qui le pousseront toujours plus bas, toujours plus loin de lui-même. On assiste à la brisure de ce jeune garçon et à la destruction de l’homme qu’il est devenu. Mais là où le film montre avec brio toute sa puissance et son originalité, est qu’il déjoue le déterminisme social qui est toujours transcrit dans les films traitant des banlieues urbaines. Ce n’est pas le récit d’une lente destruction menant à un événement tragique, sonnant comme une justice dramatique, c’est celui d’une renaissance dans l’amour et le pardon, de l’acceptation du monde et de soi.

Moonlight est donc un portrait intimiste, délicat, mais sombre d’une Amérique souffrant de problèmes d’acceptation et d’identification à travers un homme malheureux et brisé qui se cherche. C’est un film vrai, humaniste et intense, loin des préjugés sur les banlieues et la communauté noire et pauvre. Il est d’une justesse et d’une humanité rare de nos jours dans le cinéma américain.

Malgré le fait que l’histoire prenne place vers les années 1980, elle est pourtant toujours aussi vraie et d’actualité. Il est certainement un des plus beaux films de la dernière décennie, tant au niveau narratif que technique, à voir absolument.

Votre bien-aîmée Sissi.

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